ATTENTION : A NE PAS LIRE SANS AVOIR VU LE FILM !!!!Quand le silence vaut mieux qu'un long discours.

Alors que les frères Dardenne repartent de Cannes avec une Palme d'Or sous le bras, Arte a la très bonne idée de programmer Le Fils de ses mêmes frères.
L'histoire est simple : Olivier menuisier dans un centre de réinsertion pour jeunes garçons paumés tilte bizarrement à la venue d'un tout nouvel apprenti. Il l'évite tout en ne pouvant s'empêcher de le voir, de l'entrapercevoir entre deux portes. D'abord il refuse de le prendre comme élève, puis finit par accepter.
Le titre du film laisse à penser clairement que ce jeune apprenti est le fils d'Olivier, un fils caché qui ne connaît pas son père. Toute l'ingéniosité du film réside dans ce que croit le spectateur. La première partie du film est ainsi vu par le spectateur : Olivier a peur de revoir son fils, il le prend sous son aile pour se rapprocher de lui, l'apprivoiser doucement. On voit alors dans le regard d'Olivier une certaine affection, une douce défensive timorée de la part de l'adulte face à cet enfant.
Mais soudain, une deuxième partie prend le dessus lorsque l'homme va voir son ex-femme et lui parle de ce garçon. Cette dernière font en larmes et lâche ces mots qui nous prennent en contre-pied comme des pauvres bleus que nous sommes : "Mais c'est le garçon qui a tué notre fils ". Là, on se sent très bête, on repense à tout le début du film, revoyant de mémoire chaque scène et essayant de penser à quoi Olivier pouvait songer en face de l'enfant. Et bien sûr, on sait que ce n'est plus de l'affection, que cette douce défensive était en fait une rage refoulée. Comme quoi, haine et amour se ressemblent.
S'en suit alors le parcours d'un homme sur le sentier du pardon. Il se rapproche du jeune homme, s'isole avec lui dans une énorme remise de planches de bois et lui avoue tout. La scène finale étant d'une intensité très forte.
Olivier, dès le début du film est suivi, façon de filmer très proche de celle de Gus Van Sant. On ne voit que son dos, sa nuque, cela nous montre le poids énorme du passé de ce personnage. De plus, on sait dès les premières minutes qu'il souffre d'un atroce mal de dos, il porte d'ailleurs une ceinture de cuir pour le soulager. Il porte sur ses épaules de lourdes planches de bois mais aussi un pesant souvenir, sûrement très douloureux. Olivier Gourmet incarne ce personnage simple et subtil avec une froideur incroyable. Il parle peu mais son corps et son regard s'expriment pour lui, d'ailleurs ce sont eux qui, à la fin, pardonnent. Ce film prône le langage du silence, les non-dits, la simplicité des sentiments.
Il est extrêmement réussi car se concentre sans se disperser. Il prend à contre-pied les spectateurs sur tous les plans. Lorsqu'on veut qu'Olivier explose, il reste tel un volcan éteint, froid et distant. Et lorsqu'enfin il parle, hausse le ton, on est surpris par le moment choisi.
Jusqu'au bout, le personnage, que l'on croyait au début d'une simplicité un peu benête, nous surprend.
En bref, un film absolument magnifique, simple et touchant, filmé telle une contemplation de la vie, d'une page tournée sur une cicatrice du passé.
Divine White

_________________
"Ah vous parlez Javanais ! Alors Aplududu todaga !"